Il y a près d’un an, j’ai quitté le Québec pour m’établir au Yukon. À la recherche de nouveaux défis, j’ai pris les rênes des EssentiElles, un groupe de défense des droits des femmes francophones du territoire. Bien que je me sois toujours considérée comme une citoyenne engagée et progressiste, cette expérience de militantisme est une première pour moi. Auparavant, mon engagement citoyen était plutôt politique, étant une militante de longue date dans le milieu de la politique fédérale.

Dans ma province natale, en tant que francophone catholique de race blanche, je faisais partie de la communauté majoritaire, les « pure laine ». Je n’ai jamais eu à me battre pour faire reconnaître des droits ni recevoir des services dans ma langue, le français étant au cœur de l’identité collective québécoise.

Au Yukon, les choses sont bien différentes. Au-delà de la défense des idéaux féministes chers à mon organisation, je dois aussi lutter pour la reconnaissance des droits des femmes francophones et la prestation de services en français, chose que je prenais autrefois pour acquise.

Lorsque je suis devenue députée fédérale, j’y ai vu une opportunité privilégiée de pouvoir apporter du changement positif dans notre société. En tant que personnalité publique, je pouvais être une voix forte pour défendre les intérêts des groupes sociaux les plus marginalisés. En tant que francophone, j’ai aussi pu affirmer une partie importante de mon identité en luttant pour les droits des francophones de partout au pays.

À Ottawa, j’ai vite constaté que, bien que mes droits linguistiques bénéficient d’une certaine protection légale, le respect de ces droits n’allait pas nécessairement de soi. Devant chaque omission, devant chaque imposition, j’ai appris l’importance de prendre ma place et de dénoncer. J’ai appris la valeur de chaque petit gain, mais aussi la frustration et le sentiment d’être invisible.

Ces apprentissages souvent difficiles prennent aujourd’hui tout leur sens dans le climat politique actuel. Mes propres expériences face à la discrimination en tant que francophone m’ont convaincue de poursuivre la lutte contre les injustices, ainsi que de l’importance de la solidarité dans cette lutte.

Face à la montée du racisme et de l’islamophobie au pays, face à l’ampleur croissante de la xénophobie, de l’homophobie, de la transphobie et de la misogynie dans le discours public, je ne peux rester silencieuse. Ma voix doit s’élever de concert avec mes consoeurs de tous les horizons sociaux, politiques et culturels pour dénoncer la peur et l’intolérance. Les femmes, unies, jamais ne seront vaincues!

Je suis une francophone ayant grandi au Québec. Je me suis installée au Yukon en mai dernier afin de prendre les rênes des EssentiElles, un groupe de défense des droits des femmes francophones du territoire. J’ai longuement été impliquée en politique, implication qui se poursuit toujours aujourd’hui. En 2011, j’ai été élue à la Chambre des communes en tant que députée fédérale de Portneuf–Jacques-Cartier. J’étais membre de l’Opposition officielle jusqu’en octobre 2015.


Almost a year ago I left Québec to settle in the Yukon. I became the executive director for Les EssentiElles, an organization defending the interests of French-speaking women in the Yukon. Even though I had always considered myself a progressive and an engaged citizen being an activist is a new experience for me. Through my work I fight for women’s rights as well as the linguistic rights of French-speaking women across the territory. Living in Québec I often took these rights for granted as I never had to work to have that important part of my identity recognized. When I became a Member of Parliament I wanted to use that privilege to bring positive change to our society. As a public figure I had the opportunity to be a strong voice for marginalized communities. As a francophone I was able to celebrate my culture and my language by defending the rights of French-speakers across this country. On the Hill I realized that even though Canadian law protects linguistic rights. Those protections are insufficient. Everyday I had to defend my rights as a French-speaker. Through my work I learned the true value of every gain but also the frustration that comes with feeling invisible.

In today’s political climate what I have learned through my experiences with discrimination take a completely new meaning. With the rise of racism and islamophobia across the country, with xenophobia, homophobia, transphobia and misogyny taking more and more space in public discourse, I cannot be silent. I must stand in solidarity with my sisters from all social, political and cultural backgrounds to work together against fear and intolerance. Women, united, will never be defeated!

I am a French-speaker, born and raised in Québec. I moved to the Yukon last May and I work as executive director at EssentiElles, an organization defending the interests of French-speaking women in the Yukon. I was involved in politics for many years. In 2011 I was elected to the House of Commons as the Member of Parliament for Portneuf—Jacques-Cartier. I sat as a member of the Official Opposition until October 2015.


This story is the second of a four part series coordinated by the Victoria Faulkner Women’s Centre, the Yukon Status of Women Council, Les EssentiElles, and the Yukon Women’s Transition Home Society to celebrate International Women’s day and the International day for the Elimination of Racism.

Cette histoire est la deuxième d’une série en quatre parties coordonnée par le Victoria Faulkner Women’s Centre, Yukon Status of Women Council, Les EssentiElles et Yukon Women’s Transition Home Society pour célébrer la Journée internationale des femmes et la Journée internationale pour l’élimination du racisme.